lundi 25 juillet 2011

L'ultime colline


Elle aura la forme d'une vague.
Parce que rien ne retient celui qui a largué les amares. Dans les tavernes du port on ignore son âge, son rêve, ce qu'il fait.

Le monde nucléarisé ne l'est pas que par les bombes ou les centrales. Il l'est aussi par la destruction totale du lien. Effet collatéral dira-t-on. Non effet direct. De la "créature" face à un dieu tout puissant à l'oubli des liens réels il n'y a que le pas de la modernité et celui de la technologie.
La connection à "face de bouc" remplace la prière devant un ciel vide mais l'effet est le même.

Le plus beau des cadeaux que l'on puisse faire à un homme qui franchi le demi siècle c'est bien de l'oublier. Il n'en sera que plus déterminé et il voyagera bien plus léger pour la dernière étape.

Non, vraiment. Je ne reviendrai pas en arrière.

jeudi 30 juin 2011

Veille

On entend mais on n'écoute pas.


On regarde mais on ne voit pas.





Le temps n'a que l'épaisseur des multiples choses inutiles qui le remplisse.



C'est pourquoi je marche lentement. Je suis descendu du train. Je n'y remonterai pas. Le monde qui est là, je ne lui reconnais aucune valeur; il n'a pour lui que la violence des pouvoirs légitimes et des nécessités fabriquées.


De loin en loin je perçois l'ultime colline; elle aura pour moi la forme d'une vague. Et la proue qui s'y engoufrera aura le bec acéré de l'aigle mais aussi son vol loin au dessus des mondanités.






mercredi 22 juin 2011

Immensités

Entre les laisses de mer, sur des feuillets roulés dans une bouteille, il y avait des mots.


Mais qui s'interesse aux mots ?

"Ecrire, c'est hurler en silence".




lundi 20 juin 2011

Sostice

Les fils de trame, les fils de chaîne; le dessin des heures tissées de nos actes , de nos pensées, n'est pas tracé par avance.





D'un jour à l'autre, le soleil se fait plus fort ou plus absent, les goutes de pluie sont fines ou lourdes, le ciel est d'un gris de plomb ou d'un bleu sans limite.


Il n'y a rien d'écrit, rien de preparé, rein d'ordonné. Il y a seulement l'immense danse des saisons, les eternels retours des nuits courtes et des plus longues obscurités de l'année.


Nous sommes exactement ce que nous avons fait et ce que l'on a fait pour nous; en ombre et en lumière.


Les dieux sont vrais seulement s'ils disparaissent à leur tour; non pas mortels mais oubliés. Le grand dieu de "l'Alliance" est une réponse rationalisante à la seule vraie question : pourquoi y-a-t-il quelque chose plutot que rien ou dans un autre point de vue, la forme d'une réponse au seul vrai don purement gratuit, celui du soleil.


Le solstice est l'instant de l'année où nous pouvons voir notre eternité; nous venons du fond des âges, de ce qui a toujours été et nous allons vers ce qui sera toujours; peu importe l'humain, alors, s'il ne sait plus chanter le don parfait.


Du sommet des tours d'acier et de verre il ne tombe que des larmes d'acide.


Les blés alentour sont mûrs; les framboises sont douces sous la langue. Les foins fauchés exalent leur parfum enivrant. Sur la treille les grappes promettent un vin abondant.


Mais dans le feu de la forge nous affûtons nos lames.


Sol Invictus. Le seul.

lundi 6 juin 2011

La compassion

Est-eiie d'un autre âge ?

Un mot, un geste, peut être seulement un regard mais celui des yeux qui portent ce que porte l'esprit sinon l'âme.
La compassion, la sympathie selon le terme (qui partage la douleur), a déserté les routes.

Non.

Elle en a été chassée par la pensée de la compassion, par l'illusion qui se paye de reflexion et par toutes les logorhées qui font croire que penser c'est faire et que l'intention suffit à donner à la réalité une autre couleur.
Un mot change une journée, un geste modifie une atmosphère. Tout le reste se perd dans les nuées.

Ce geste que l'on attend, ce mot que l'on espère.

Lorsqu'ils ne viennent pas les terres "gastes" s'étendent à l'infini.




vendredi 27 mai 2011

La polysémie des silences

Comme toute chose le silence s'habille de parures scintillantes ou d'oripeaux de miséreux. Il peut être le manteau des rois lorsqu'il porte dans ses plis le repos de l'esprit, la tranquille évasion vers des univers interieurs ou les profondeurs des prières vers l'infini.





Mais il peut être aussi ce manteau empoisonné jeté sur les épaules du héros, poison qui ronge les chairs de l'âme jusqu'à ne laisser qu'ossements blanchis ou douleurs qui tordent les entrailles.



Lorsque les mots pour le dire ne sont pas là, lorsque juste un silence vient à l'oreille alors qu'un seul mot, une réponse, un compliment, une critique argumentée, presque n'importe quoi, pourrait changer la face du jour, alors la messe est dite.


Il convient de s'en retourner à l'autre silence. Celui qui ouvre vers les horizons que l'esprit dessine sur la trame des jours.

Le silence n'est pas une vérité ni un état de béatitude. Il y a des silences qui tuent et d'autres qui font vivre. Mais ce n'est pas une révélation; c'est ce que chacun peut constater pour chaque chose.



dimanche 15 mai 2011

le rouge et le noir

Des lettres d'airain sur les frontons des édifices, des lois inscrites dans le marbre des tables révélées, des exigences et des devoirs... Mais toujours un pouvoir à l'oeuvre. Pouvoir du prêtre qui contrôle les corps parce qu'ils sait que les esprits lui sont fermés, pouvoir des institutions qui ordonnent les esprits parce que les corps sont innaccessibles. Mais au bout du compte que reste-t-il ?

Le rouge et le noir de la colère, le rouge et le noir de la révolte, le rouge et le noir des amertumes et des ressentiments.

Les mots d'airain ne sont que du métal, le marbre n'est que de la pierre.



Les systèmes sont à bout de souffle, les idéologies donnent encore les réponses comme des phares de signal qui s'épuisent. Dieu est mort depuis longtemps, mais il ne le sait pas, et les colonnes du temple ont été remplacées par les étais d'une vérité qui n'a pas plus de fondement que les autres ("il n'y a pas de vérité, seulement des forces et des appels").


Il reste le rouge et le noir. Comme le vent que rien n'arrête.


Un soleil rouge éclaire la nuit qui commence, ou qui s'achève.